Au fil des linteaux de Saint-Jean-Pied-de-Port: la rue d’Espagne

 

Au cours d’une promenade à travers le cœur historique de la ville, bien des vielles pierres et inscriptions sculptées sur les linteaux ou claveaux des maisons attirent l’œil. C’est à la rue d’Espagne que nous commençons notre exploration des linteaux et encadrements ornés de Saint-Jean-Pied-de-Port.

En Pays basque, le linteau ou l’encadrement des ouvertures sert très souvent de support à des motifs décoratifs mais aussi à des inscriptions. Ainsi, le linteau désigne le maître et la maîtresse de maison ainsi que la date de construction ou de reconstruction et sert à identifier la maison et la famille qui l’occupe, la possède et l’entretient.

Le linteau situe d’abord dans le temps. Une date, celle de la construction mais le plus généralement celle de la restauration de la maison y est inscrite. Selon la tradition, celui qui a effectué des travaux sur la maison familiale a le droit d’y apposer la date, preuve qu’il a œuvré à la conservation de ce patrimoine primordial. Nous trouvons des indices de prospérité économique à Saint-Jean-Pied-de-Port grâce à l’étude des dates figurant sur les linteaux. En effet, la majorité des maisons furent construites ou reconstruites en matériaux durables aux XVIIe et XVIIIe siècle, probablement en remplacement des maisons du Moyen Age majoritairement en bois.

©Pierre Carton
©Pierre Carton

La fonction sociale du maître de la maison pouvait être évoquée à l’image du luxueux linteau de marbre du 44 rue d’Espagne “PIERRE CAMINONDO NOTAIRE ROYAL ET MARIANNE BERETERECHE CONIOINTS MAITRES DE LA PRESENTE MAISON ONT FAIT CETTE REPARATION LANNEE 1756” qui témoigne du prestige de ses occupants. L’inscription « ESTIENNE.D.SALABERRY PETRE.SERREVRIE.1756 » et la représentation de deux clés au 30 rue d’Espagne sont une illustration de la présence de serruriers. Le linteau au 28 rue d’Espagne «ISDETECHEBERRI M-E SELLIER ETMARIETVGVET-1763 évoque le métier de sellier du maître de maison.

La grande bâtisse du 23 rue d’Espagne dite maison des Etats de Navarre arbore une splendide porte d’un style dit navarrais. Le cartouche couronnant la porte d’entrée comporte la date 1610 et également un blason qui a été martelé, très certainement à la Révolution française.

Des symboles religieux, tels le monogramme chrétien IHS (n°48 rue d’Espagne), les croix latines et calvaires stylisés (n°24 rue d’Espagne) ou encore des motifs très répandus dans l’art lapidaire basque, des lauburu (n°43 rue d’Espagne), rosaces et symboles solaires, animent également ces vieilles pierres.

Nous terminerons notre balade par le linteau de la maison Primo située au 9 rue d’Espagne. Ce linteau fait partie des rares du Pays basque qui se dégage des conventions pour relater un événement particulier. André Fitere a voulu faire part d’une situation marquante à ses yeux : l’inflation importante qui sévit à cette époque. Elle avait poussé les femmes de Paris à aller réclamer du pain à Versailles et elle se manifeste ici aussi. Il n’y a ici aucun décor, seulement l’inscription « ANDRE.FITERRE LAN 1789 LE FROMENT F(U)T A 15 L(IVRE)S ». Il s’agit presque d’un constat, d’un témoignage de colère et d’exaspération.

IMG_0432Ces linteaux racontent l’histoire de la maison et en peu de mots font revivre une tranche de vie de la cité.

Notre parcours se poursuivra, dans un second volet, par la découverte des linteaux de la rue de la citadelle…

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